Brian Howard Clough est mort le 20 septembre 2004 à Derby d’un cancer a qui il n’a pu tenir tête contrairement au reste de sa
vie.
Revenons sur cette immense personnalité du football anglais …
Brian Clough, avant d’être entraîneur, était joueur de football. Sa carrière commença en 1952 à l’âge de 16 ans. Il était attaquant dans le
club de Middlesbrough, situé dans le nord de l’Angleterre. Le club joue en 2nde division et il se fait remarquer par son efficacité devant le but. Malheureusement il fait aussi parler de lui pour son caractère
bien trempé : il a un égo énorme et n’hésite pas à remettre en question ses coéquipiers en public. Lors de sa première saison, alors qu’il n’a pas encore ses 17 ans, il demande à être
transféré vers un club plus ambitieux, car il trouve que l’effectif n’est pas à son niveau. Les dirigeants de Middlesbrough préfèrent ne pas le prendre au sérieux et calme le jeu vis-à-vis du
reste de l’équipe afin de le voir continuer à jouer pour eux.
Les saisons passent et il marque but sut but pour son club, 204 exactement en 222 matchs durant 9 saisons. Il obtient le brassard de capitaine après l’avoir recommandé à son entraîneur, contre
l’avis général de toute l’équipe qui ne le supporte plus et qui n’hésitera pas à se mettre en grève pour annuler cette décision. En 1961, il quitte le club en prétextant qu’il ne peut plus rien
faire pour lui, si celui-ci ne se donne pas les moyens de ses ambitions personnelles.
Il signe donc à Sunderland, qui joue aussi en 2nde division, mais avec un président qui lui déroule le tapis rouge. Cette expérience se
révélera très difficile. Lors d’un match de championnat l’année suivante, il est gravement blessé au genou. Le diagnostic des médecins est sans appel, il n’est plus en mesure de jouer au
football. Brian Clough ne l’entend pourtant pas de cette oreille : il décide qu’il reprendra coute que coute. Pendant près de deux ans, il se bat contre son corps afin de revenir sur un
terrain … et en 1964, il y parvient, malheureusement pour lui, Sunderland a entre temps été promu en 1ère division, le niveau de jeu est largement plus difficile. Brian doit admettre au bout
de 3 matchs qu’il n’est plus en mesure de jouer pour son club et prend sa retraite de joueur à 28 ans.
Il aura tout de même marqué plus de 250 buts en environ 270 matchs avec ses deux clubs. Il sera sélectionné 2 fois avec l’équipe d’Angleterre. Ce qui reste tout de même une carrière honorable en
tant que joueur.
Cette fin de carrière précoce lui donnera l’occasion de devenir le plus jeune entraîneur du football anglais à l’époque, puisqu’il reprendra dans la foulée, à l’âge de 29 ans le club d’Hartlepool
évoluant alors en 4ème division du championnat anglais.
Brian Clough fait ses armes sur le banc d’Hartlepool United durant deux saison avant de rejoindre Derby County en 1967. C’est avec ce club qu’il va réellement créer sa légende.
Derby County évolue lors de sa prise de fonction en seconde division. L’effectif n’est pas brillant, mais Brian Clough va y imposer ses règles et se forger une réputation de coach
intransigeant. Grâce à son charisme et à ses méthodes peu conventionnelles, il va tirer le meilleur de son effectif.
Rejoint par Peter Taylor, qui l’avait cottoyé lorsqu’ils évoluaient ensemble à
Middlesbrough et connaissait le personnage, Derby devient champion de D2 en deux saisons, puis Clough offrit à Derby County son premier titre de champion d’Angleterre en 1971 et se hissa dans la
foulée jusqu'en demi-finale de la coupe des Champions.
Brian était devenu un entraîneur reconnu en Angleterre. Il avait su tirer le meilleur de ses joueurs, quelqu’un capable de faire beaucoup avec peu de moyens. Mais sa personnalité atypique
étant son point faible puisqu’il quitte l’année suivante Derby County sur un coup de gueule, en froid avec son président Sam Longson qui le trouvait trop envahissant. Mais ce n’était pas l’avis
de ses joueurs qui lui vouaient un profond respect pour ce qu’ils leur avaient permis d’atteindre. Les joueurs ont cherché en vain à convaincre le président de le rappeler mais sans succès.
Toujours accompagné de Peter Taylor, son fidèle adjoint, Brian Clough va faire des choix discutables en acceptant de reprendre des clubs en difficulté et sans aucun projet concret. Il va
donc passer par Brighton and Hove Albion et enfin Leeds United avec lequel il ne restera que 44 jours avant d’être viré, mais emmenant tout de même l’équipe jusqu’en finale de la cup en fin
d’année 1974.
C’est alors qu’une décision va radicalement changer le paysage du football anglais. Nous sommes en Janvier 1975, Brian Clough est sans club depuis peu de temps. Les dirigeants d’un club
cherchent des solutions pour aider leur club à sortir de l’ombre. Il s’agit de Nottingham Forest.
A cette époque, Nottingham est un club modeste qui végète en deuxième division. Le comité de direction du club souhaite redorer un blason peu habitué au succès, la décision est prise de nommer
Nigel Clough assisté de Peter Taylor aux commandes de l’équipe. Le message est simple : faire aussi bien qu’avec Derby County, le grand rival de Nottingham Forest. Le club a sûrement des moyens plus limités que Derby, mais Clough a les mains
entièrement libres et ça le motive encore plus.
Nous sommes en plein milieu des années 70, et le football de l’époque est orienté autour de 4 concepts de jeu :
Le football total des hollandais, sous l’impulsion de Rinus Michels, l’Ajax d’Amsterdam a imposé une tactique globale où l’équipe joue d’un bloc, défendant et attaquant tous ensemble.
Le football festif, essentiellement pratiqué par des équipes sud-américaines comme le Brésil, basé sur un jeu ludique où l’objectif est de se faire plaisir en offrant du spectacle au public sans
forcement chercher à gérer un résultat.
Le réalisme allemand, basé sur une bonne technique mais surtout un pressing constant via une grande débauche d’énergie afin de toujours pousser l’adversaire à la faute.
Et enfin le fameux "kick and rush" que l’on pourrait traduire par "Dégage loin devant et fonce" si typique du football anglais. C’est sur cette conception que Brian Clough va baser sa
tactique, pas par choix mais par obligation, jusqu’à présent les effectifs qu’il a eu sous ses ordres n’étaient pas suffisamment doués pour faire autre chose.
Les consignes générales étaient simples, lorsque le ballon approche trop près de nos buts, dégagez comme vous le pouvez.
"Messieurs les défenseurs si vous en avez les moyens, essayez de relancer proprement dans l’axe directement sur nos attaquants. Pour vous les milieux, votre rôle est d’empêcher l’adversaire de
construire son jeu, si vous êtes bien placés, tirez au but. Les attaquants, vous savez ce que vous avez à faire : marquer, peu importe comment l’essentiel est de marquer un but de plus que
les autres. Quant à toi, en parlant du gardien Peter Shilton, tu arrêtes toutes les attaques que les autres n’ont pas pu éviter." Voilà le message qu'il donnait à ses joueurs.
Brian Clough devient donc l’entraîneur de Nottingham. Il dresse un bilan sévère de son effectif sans cacher aux joueurs ce qu’il pense d’eux. Alors
qu’on aurait pu craindre une réaction négative de leur part, c’est tout le contraire qui se produit : les joueurs sont remontés à bloc, bien décidés à montrer à leur entraîneur qu’il s’est
trompé. Tant mieux c’est exactement ce qu’il cherchait à provoquer…
Cette gestion des joueurs va s’avérer payante, car effectivement l’effectif est très juste en qualité et en quantité, mais 18 mois après sa prise de fonction, Nottingham accède à la
1ère division en remportant le championnat de seconde division.
Mieux l’équipe fait bonne figure lors de sa première saison au plus haut niveau. Cependant les journalistes qui cherchent à comprendre ses
méthodes, finissent par admettre que c’est plus un dictateur qu’un coach sur le terrain, mais aussi étrange que cela puisse paraître, ses joueurs sont sous le charme et accepte cette relation
avec respect et plaisir.
De son côté, Brian Clough n’acceptant pas d’être jugé sur son comportement ou ses méthodes, se permet d’être arrogant et désagréable au point de diviser le pays en deux à son sujet. Entre
les fans et les anti-Clough qui craignent que son image ne devienne l’image de tous les anglais vis à vis du reste du monde, les quolibets fusent. Mais l’objectif est tout autre, il cherche à canaliser toutes les pressions de
l’équipe sur sa personne afin de pouvoir contrôler au mieux ses joueurs, avec de la réussite puisque Nottingham est sacré champion d’Angleterre au bout de trois saisons, gagnant au passage la
coupe de la ligue la même année.
Ce succès
fulgurant le pousse à élever ses ambitions pour le club, on en vient à parler d’Europe.
L’année suivante, peu d’observateurs pensent que Nottingham aura les moyens de bien représenter le pays sur la scène européenne et compte plus sur Liverpool. Mais c’est sans compter sur le
formidable pouvoir de motivation de son coach, ainsi que sur le nez du manager.
En effet, c’est en 1979 que choisit Clough pour recruter à prix d’or Trévor Francis, la somme de 1,5 millions est annoncée. C’est la première fois que cette barre est atteinte. Mais Clough s’en
moque : il a recruté celui qui symbolisera plus tard la fabuleuse génération de Nottingham.
Les spécialistes du football anglais sont obligés de reconnaître une autre qualité à Brian Clough en plus de celle de recruteur émérite
: c’est celle de tirer le meilleur de ses hommes en se basant sur des critères que peu à l’époque jugeaient utiles, le courage et la détermination, que seul Clough arrivait à transformer en or
sur un terrain. Fort des ces qualités, Nottingham allait réaliser un record historique pour l’époque, celui de rester invaincu pendant 42 matchs consécutifs, que seul le club d’Arsenal a depuis
réussi à battre.
Mais l'Europe allait également se
mettre à connaitre Nottingham Forest. Après avoir éliminé Liverpool, double tenant du titre, au premier tour, le club de Clough et Taylor enchaîne sur une victoire en Coupe des clubs champions,
l’ancêtre de la Champions League, face aux Suédois de Malmö. Même si Liverpool avait perdu son trophée, il revenait
tout de même au pays… Puis renouvela son exploit
l’année suivante, en 1980 face au FC Hambourg de Keegan et Magath.
Au sein de cette équipe allait se révéler des joueurs comme Trévor Francis, Archie Gemill, John Robertson, Peter Shilton, Tony Woodcock, Garry Birtles,
Martin O'Neill et Viv Anderson le premier joueur noir à porter le maillot national anglais.
L’Angleterre et l’Europe étaient aux pieds de la bande de Clough, qui finiront par le croire en chantant une chanson : Forrest
tient le monde entre ses mains !
L’exploit de
Clough est incroyable. Malgré un effectif inférieur sur le papier à la plupart des clubs européens, la maîtrise tactique et la motivation de son équipe faisait la
différence.
Nigel Clough va au final diriger son équipe de Nottingham Forest durant 18 années. L’effet de surpise ayant disparu par la suite, il a eu
plus de mal à maintenir son équipe au plus haut niveau. Seul depuis 1983, Peter Taylor ayant finalement céder devant le caractère bien trempé du manager, il continua à procéder avec la même
gestion son club, en touchant certaines limites, mais en découvrant de nouveau des joueurs totalement inconnus, réalisant au passage des plus values importante pour le club. Roy Keane en est le
meilleur exemple. Considéré comme un fou furieux, seulement capable de faire du mal à ses adversaires en Irlande, il sera acheté 3,5 millions de livres par Manchester United alors que Clough
l’avait attiré à Nottingham pour quelques 20 000 livres trois ans auparavant.
Mais la maladie ayant pris le dessus sur Clough, surement lié à ses abus alcoolisés, il n’avait plus la force de donner à son club, l’énergie nécessaire pour continuer de se battre. Il quitta
donc en larmes son club sur une dernière défaite synonyme de relégation après une saison catastrophique, juste quelques semaines avant l’inauguration de la lucrative Premier League.
Ce fut le commencement d’une descente aux enfers pour
le club des Midlands. Brian Clough quitta un club à qui il avait donné un titre de champion d’Angleterre, deux coupes des champions, une supercoupe d’Europe et 4 coupes de la ligue anglaise
et surtout un club connu mondialement.
Toute sa vie, Clough n’a jamais laissé les gens indifférents et pendant ses moments difficiles à Middlesbrough il a pu compter sur son amitié avec le gardien Peter Taylor, également partenaire
dans ses triomphes en tant que manager.
L’homme était aussi connu pour ses citations que pour ses exploits en tant que manager :
Il dira à propos du jeu à longue balle, une des phrases des plus poétiques du football : "Si Dieu avait décidé de nous faire jouer dans les nuages, il n'aurait pas mis de pelouse sur le sol
..."
"Je ne dirais pas que j’ai été le meilleur entraîneur, mais j’étais dans les meilleurs, c’est certain."
"Marcher sur l’eau ? Je suis sur que la majorité des gens pensent qu’au lieu de la boire, j’aurais du en mettre plus dans mon verre, et ils ont absolument raison" à propos de ses
problème d’alcool.
"On en parle pendant 20 minutes et on décide que j’ai raison" à propos d’un joueur en désaccord avec lui.
Enfin "Ne m’envoyez pas de fleurs quand je serais mort. Si vous m’aimez, envoyez-les tant que je suis encore en vie ! »
Après sa retraite, Clough fut confronté à de sérieux problèmes d'alcool, il écrivit deux autobiographies à succès : mélange typique d'anecdotes nostalgiques et de franches opinions.
Il rendra hommage à la "belle et brillante" équipe d’Arsenal dirigé par Arsène Wenger pour avoir battu son record d'invincibilité.
Son seul regret restera de ne pas avoir pu diriger la sélection nationale. A ce sujet Trévor Francis qui était son relais sur le terrain déclara : « La personnalité de Brian,
l’ayant sans doute desservi, la FA n’aurait jamais pu supporter son comportement mais c’est ce qui faisait son génie. »
Après avoir subi une première greffe du foie quelques années auparavant, le manager à la poigne de fer (un jour il frappa Roy Keane futur capitaine d'United), allait résister le plus possible à
la maladie, mais finit donc par s'éteindre d'un cancer de l'estomac. Il avait 69 ans.
Ce fut un triste jour pour le football anglais. De nombreux fans se déplacèrent pour lui rendre un vibrant hommage
lors de son cortège funèbre. Pour les anglais, il est un entraîneur qu’on estime encore et qu’on prend toujours en exemple à ce jour. Il reste pour beaucoup un génie, un faiseur de miracle ...
une légende !
Source : http://www.forum-ude.com/index.php?topic=10230.0
Commentaires Récents